MacDo et Facebook : rapide, facile et pas cher mais on le paye quand même

Il y a un parallèle frappant entre le gigantisme, le succès, mais surtout, les effets pervers de MacDo et Facebook. Si MacDo est au coeur (sans être le seul responsable) de l’épidémie d’obésité mondiale, c’est la santé d’Internet que Facebook menace.

On retrouve dans les deux les même ingrédients : jouer sur la facilité, produit valorisant, industrie centralisée à tendance monopolistique qui impose ses vues à tous les acteurs.

Pour assurer leur succès MacDo et Facebook jouent sur les mêmes cordes sensibles.

Il est plus facile et rapide d’aller commander un sandwich pas cher chez MacDo. Il est plus facile et rapide de tenir ses amis au courant de sa vie avec Facebook que par email ou autre.

Les concepteurs du MacDo ont mis au point ou utilisé toute une science du comportement pour assurer leur succès.

Ils utilisent sciemment une nourriture trop riche. Les millénaires d’évolution nous ont appris que les aliments sucrés ont moins de chances d’être des poisons que les aliments amers. Nous sommes donc spontanément attirés par eux. Il en est de même pour les aliments gras et salés qui sont abondamment utilisés par les industriels. De plus le sucre est aussi addictif que l’héroïne.

Mais ce n’est pas tout. MacDo à utilisé le principe du glouton :

Autrefois, David Wallerstein avait en charge l’expansion de la chaîne de cinéma Balaban & Katz au Texas. Sa mission, au milieu des années 1960, était simple à définir : augmenter les profits des salles obscures. Or, l’économie de l’exploitation cinématographique tourne autour d’une idée étonnante : la vente de tickets, aux marges limitées, ne compte que pour une fraction dans les bénéfices du gérant. Les profits les plus solides proviennent de la commercialisation de pop-corn et de soda. En réalité, le film relève du produit d’appel, assurant la présence de consommateurs captifs avant et pendant la durée de la projection.

La mission texane de Wallerstein consistait donc à convaincre les clients des cinémas Balaban & Katz d’ingurgiter plus de pop-corn arrosé de Coca-Cola. Mais voilà, sa tâche semblait herculéenne car les recettes traditionnelles de vente ne fonctionnaient pas : Wallerstein avait beau multiplier les offres type « deux pour le prix d’un » ou accorder 20 % de réduction pour la première séance de la journée, rien n’y faisait. Cet échec l’obsédait. Car au fond de lui, après avoir passé des heures à observer ses consommateurs, il était convaincu qu’un rien les inciterait à consommer plus. Et, pour preuve, après chaque séance, Wallerstein exhumait les emballages abandonnés par les spectateurs vidés de leur contenu jusqu’à la dernière miette.

Les clients de Wallerstein voulaient davantage mais, pour une raison qu’il ignorait, n’osaient pas. Et si, justement, l’idée résidait dans cette hésitation ? Et si les spectateurs, craignant le regard des autres et freinés par une éducation religieuse plaçant la gourmandise au rang des péchés capitaux, n’osaient tout simplement pas acheter un deuxième Coke ou un autre gobelet de pop-corn ? L’équation venait d’évoluer. Si l’intuition de Wallerstein s’avérait juste, la solution était enfantine. Pour vendre plus, il suffisait d’accroître la taille des portions.

De la théorie à la pratique, il franchit le pas. Et le succès fut immédiat. Rapidement, la vente des portions élargies dépassa celle des parts traditionnelles. Plus important encore, le coût supplémentaire de production d’un grand pop-corn ou d’un Coca-Cola géant était minime. Ce qui incita les cinémas Balaban & Katz à vendre leurs nouveaux contenants à peine plus chers que la taille originale. Sans vraiment s’en apercevoir, le client, décomplexé et conforté par le sentiment de réaliser une économie, consommait donc plus. Beaucoup plus.

Le principe du glouton était prêt à conquérir l’Amérique.

Le coup de génie texan de Wallerstein, conforme à la philosophie du « everything is bigger here », le propulsa à la tête de la compagnie, au sein de la maison mère située à Chicago.

Mais en 1968, il quitta Balaban & Katz pour entrer dans une autre compagnie de l’Illinois qui cherchait à accroître ses ventes. Ray Kroc s’était lui-même chargé de convaincre ce prodige des salles obscures à le rejoindre. Il attendait maintenant qu’il répète le miracle texan en multipliant le chiffre d’affaires de sa société. Son nom ? McDonald’s.

De plus grâce à l’ampleur de son succès MacDo est devenu le client privilégié de nombreux producteurs de viande et de maïs notamment. Il a donc pu imposer des coûts exagérément bas, qui ont forcés les éleveurs et les agriculteurs à utiliser des méthodes de plus en plus discutables : mécanisation à outrance, standardisations des produits qui provoquent des dommages collatéraux : disparition de la biodiversité, problèmes sanitaires (emploi massif d’antibiotiques).

MacDo n’est pas seul à exploiter ce filon. Au final ce que nous ne payons pas en achetant de la nourriture mois cher, nous le payons en frais de santé : le monde doit faire face à une épidémie d’obésité qui augmente la prévalence du cancer.

Facebook provoque le même genre de problèmes externalisés. Sans parler de l’épidémie de narcicisme qu’il provoque, il y a plus grave.

Facebook est gratuit, il faut donc qu’il monnaye ses données à des acheteurs, et surtout qu’il en collecte un maximum. Facebook est géant, il attire donc toutes les convoitises.

Le problème n’est pas Facebook en lui même, mais son modèle commercial et son gigantisme qui provoque des distorsions, obligeant les acteurs du marchés à s’adapter à lui. C’est ainsi qu’on a vu fleurir des boutons “like” partout sur Internet. Mais surtout, Facebook cherche à imposer ses vues : il n’aime pas l’anonymat et décourage l’utilisation de pseudonymes.

On a déjà vu des dérives, tel que des patrons qui demande des mots de passe Facebook lors d’entretien d’embauche. Mais c’est un moindre mal car la nouvelle “mode”, c’est d’accorder des crédits aux gens ou non en fonction de la solvabilité de leurs amis ! Il est maintenant notoire que les services de sécurité sociale surveillent le réseau pour détecter les fraudes. Et ce n’est qu’un début.

La vie privée et la liberté d’expression n’est pas la bonne grille d’analyse des problèmes induits par Facebook et les réseaux sociaux centralisés. Ils sont des enjeux, certes, mais il s’agit de problèmes sociétaux et non pas individuels, de phénomènes de groupes qui nous entraînent malgré nous, et de rapport de force.

Indirectement donc Facebook s’est transformé en la plus grande agence de renseignement du monde. Si l’on pouvait considérer de tels propos paranoïaques jusqu’en juin 2013, ce n’est plus le cas depuis l’affaire Snowden. La NSA espionne tout ce qu’elle peut, et Facebook est du pain béni pour elle.

Il ne reste plus qu’à appliquer quelques outils d’analyses et d’utiliser la science de l’ingénierie sociale pour manipuler les opinions, et provoquer quelques révolutions ici ou la éventuellement.

Comme MacDo, Facebook est devenu un outil de l’impérialisme américain.

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