Revue : CSOJ, l’état veut-il nous espionner

Débat très intéressant à CSOJ, suite à la “loi de programmation militaire“, sur les dérives de nos états occidentaux, tentés par la course au surarmement numérique.

Parmi les points les plus intéressants je relève :

  • Snowden qui s’est fait refuser l’asile politique par beaucoup de pays dit “libres”, alors qu’il défendait clairement l’intérêt de son peuple, sans aucune ambiguïté.
  • La genèse de cette loi qui est un le copié-collé suspect de la loi de 91 sur les écoutes téléphoniques combiné avec la loi d’exception antiterrorisme de 2006.
  • En cas d’abus de pouvoir, il y aura une simple “recommandation” au premier ministre (couverte par le secret défense)
  • Le problème de la proportionnalité pour le terrorisme qu’on ne peut pas mesurer à priori. Le terrorisme tue infiniment moins que la voiture, le tabac ou le cancer, mais de manière plus spectaculaire.
  • Si le citoyen est surveillé et noté “inoffensif, dangereux, etc…”, petit à petit il ne s’exprimera plus pareil, et c’est la défaite de la liberté à long terme.
  • La loi française est au mieux ambiguë, quelle dérives va-t-elle permettre alors que les USA eux même avaient des lois bien plus strictes pour encadrer la NSA ?

Même s’il faut raison garder sur un sujet aussi complexe, il ne faut pas non plus négliger les signaux d’alarmes instinctifs qui se réveillent. Nous savons tous qu’il y a une grande marge entre un texte ou une institution, entre un idéal et sa mise en pratique, et que les circonstances nous poussent parfois dans des extrémités que nous n’aurions pas souhaitées. Les garde-fous et la méfiance sont de mise face à ces nouvelles technologies.

L’enjeu n’est pas tant la vie privée que le pouvoir. L’information c’est le pouvoir. Et c’est vers cela qu’il faudrait plutôt orienter le débat à mon sens :

  • Nous ressentons cette loi comme un cheval de Troie, car, si bien sûr ce n’est pas le changement de marque de caleçon qui intéresse, qu’est-ce qui nous dit que ces outils ne peuvent pas être utilisés pour fragiliser ou harceler des opposants politiques ? Insidieusement, cela ne nous mènera-t-il pas à un parti unique de fait ?
  • Emmanuel Todd démontre que les orientations politiques d’un pays émergent de ses structures familiales. Un gouvernement peut déjà orienter les lois pour favoriser telle ou telle structure familiale et donc telle idéologie politique, mais avec les fameuses “méta-information” qu’est-ce qui l’empêche d’aller plus loin dans la manipulation des phénomènes sociaux émergents ? Et même pire puisqu’un état étranger peut se mêler de la partie.
  • On prétexte la lutte contre le terrorisme et l’insécurité. Mais l’inquiétude sur la montée de l’insécurité, si elle est légitime, ne doit pas être l’arbre qui cache la forêt. A quoi cela servirait-il de prétendre d’un coté surveiller tout le monde, et de l’autre déclarer que les prisons sont trop remplies et qu’il faut les vider (tandis que les juges enfoncent le clou en réduisant ou minorant déjà de nombreuses peines).

L’enjeu n’est pas tant l’individu que l’ingénierie sociale. Ce ne sont pas des gens individuellement qui sont visés, mais des opinions, des états, des contre-pouvoirs, des codes culturels, voire des industries. Et c’est une erreur que de se focaliser sur le citoyen lambda qui n’est au final qu’un otage dans cette ( il faut bien l’appeler ainsi) guerre numérique, ou du moins pour l’instant course à l’armement numérique. Peut-on interdire à un état de se protéger sous peine d’être déclassé et de ne pouvoir défendre sa propre population ? Tel est le grand paradoxe.

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